• Concordia : après le drame, le tourisme

    Par Delphine de Mallevoüe Mis à jour <time class="updated" datetime="16-03-2012T23:54:00+02:00;">le 16/03/2012 à 23:54</time> | publié <time datetime="16-03-2012T20:02:00+02:00;" pubdate="">le 16/03/2012 à 20:02</time>
    Le Costa Concordia et le port de l'ïle du Giglio, où il a échoué, 
le 13 janvier dernier.
    Le Costa Concordia et le port de l'ïle du Giglio, où il a échoué, le 13 janvier dernier. Crédits photo : © Giampiero Sposito / Reuters/REUTERS

    L'épave du navire naufragé le 13 janvier devient une attraction morbide pour les vacanciers.

    L'assourdissant chaos qui avait envahi la petite île du Giglio après le naufrage du Concordia, le 13 janvier dernier, s'est lentement évanoui pour ne laisser aujourd'hui qu'un fond sonore de marteaux et de scies électriques, désordres rituels de rénovation pour préparer la haute ­saison touristique. Mais le chassé-croisé, encore important, des équipes de protection civile, des pompiers, militaires et policiers avec les techniciens du pompage de carburant du ­bateau fige la réalité de la tragédie toujours présente.

    Personne ici n'est prêt d'oublier. «Il s'est échoué là dans les cris et la mort et, remorqué ou pas, il restera ancré dans nos mémoires», lance Giorgio, un habitant de l'île. À ce jour, 7 corps n'ont toujours pas été retrouvés.

    Le tourisme morbide qui s'était improvisé au lendemain de la tragédie n'a pas cessé. On prend la journée pour venir voir le gisant de 115.000 tonnes éventré, on prend la pose pour la photo. Italiens et vacanciers de toutes nationalités. «La tour Eiffel allongée!», s'exclament des Français en multipliant les photos. Les groupes scolaires viennent par centaines, sandwich d'une main, crème solaire de l'autre.

    Sur le ferry qui s'approche de l'épave, les accompagnateurs préviennent: «Personne ne monte sur le pont si l'un d'entre vous n'est pas crémé!» «A croire que la visite est inscrite au programme de l'éducation nationale!», ironise Francesca, une habitante de l'île, qui en voit débarquer presque chaque jour. Un spectacle qui révulse la maman de Mylène, la jeune Française de 23 ans dont le corps vient d'être enfin identifié par les résultats ADN. «J'ai la rage quand je vois l'indécence de tous ces gens qui pique-niquent à côté du bateau et se font prendre en photo en famille! Des morts sont encore coincés dessous», s'indigne-t-elle.

    Alors que le tourisme est habituellement très faible jusqu'en mai, l'île du Giglio a enregistré «un bond de 200%» en janvier et février, caricature à peine Elizabeth Nanni, vice-présidente de l'office de tourisme. «Nous le déplorons, car nous ne recherchons pas ce genre de tourisme pour notre belle île», souligne-t-elle.

    «L' économie locale se porte anormalement bien»

    Entre les quelques hôtels réquisitionnés pour les équipes d'intervention et de sécurité et les restaurants pris d'assaut par les curieux, «l'économie locale se porte anormalement bien», observent les autorités municipales. Quant aux perspectives estivales, si l'office a enregistré plusieurs annulations, elles devraient être compensées par «les nombreuses personnes qui ont découvert l'île avec sa médiatisation», prophétise Elizabeth Nanni. D'habitude, la petite île, qui compte quelque 700 résidents en hiver et 3400 en été, reçoit 4000 vacanciers sédentaires en juillet et en août et enregistre 50.000 passages, selon les chiffres des compagnies de ferry qui assurent la traversée du continent à l'île.

    Des prévisions confortées par l'absence d'impact du naufrage sur l'environnement, malgré les quelques pollutions mineures mentionnées par Greenpeace la semaine dernière. La menace était pourtant grande avant le début des opérations de pompage et durant leur première phase. Aujourd'hui, «70% du fuel a été retiré», dit non sans soulagement le vice-président de Costa Crociere, Norbert ­Stiekema. Quant à l'enlèvement de l'épave, selon lui, il ne devrait pas avoir d'incidence sur le flux touristique de l'été, et inversement. «Les 10 à 12 mois que prendra le démantèlement et le remorquage devraient être tenus», estime-t-il.

    Six propositions sont actuellement étudiées, dans le processus d'appel d'offres, et le choix sera connu «fin mars début avril», indique le ­siège de la compagnie de croisières à Gênes. Au port, dans les cafés, les tablées d'insulaires et de secouristes décortiquent inlassablement le drame, alimenté par les derniers articles de la presse locale. Mais si tous les angles y passent, du remorquage au procès, c'est surtout la figure de Schettino, le commandant du Concordia, qui refait sempiternellement surface. Résident de l'île, Salvatore a côtoyé Francesco Schettino le temps d'une croisière sur le Costa Atlantica, en 2010. «Je l'ai tout de suite vu, ce gars n'est pas un marin, c'est un showman, assure-t-il de son expérience d'ancien commandant de la marine militaire. Pas étonnant que ça se soit fini comme ça!»


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