• François Thibault 400 passagers sauvés

    Costa Concordia : malgré la panique, j'ai sauvé plus de 400 passagers

    Modifié le 19-01-2012 à 18h45

    LE PLUS. Thibault François faisait partie de l’équipage du Costa Concordia lorsque le paquebot a coulé le vendredi 13 janvier 2012. Encore sous le choc et fatigué des critiques qui pleuvent sur la gestion du naufrage, il raconte comment lui et ses collègues ont vécu cet événement.

    Les passagers du Costa Concordia disent partout qu’ils ont eu l’impression d’être abandonnés, mais c’est archi faux ! J’ai moi-même fait embarquer 400 à 500 personnes sur les radeaux de secours. J’ai toujours du mal à réaliser ce que j’ai vécu – et je pense qu’il me faudra du temps –, mais je sais une chose : je suis fier de les avoir sauvés.

    Je n’avais jamais été confronté à un événement d’une telle ampleur. Mais j’ai été très bien formé : avant la croisière, toute la compagnie avait suivi une formation de dix jours et, toutes les semaines, l’équipage faisait une simulation.

     Quand l’alarme Tango India a retenti, j’ai su ce que je devais faire

    Quand le bateau a commencé à couler, je savais ce que j’avais à faire, où aller, à quel moment. Je n’étais pas perdu. La formation m’a aidé, comme le reste de l’équipage, à sauver les passagers.

     Au moment du choc avec le rocher, j’étais dans ma cabine. Ça a tremblé très fort : les portes des placards se sont ouvertes, leur contenu s’est déversé sur le sol, la télévision est tombée à terre. Comme j’étais sur ma couchette, en hauteur, je n’ai pas été blessé. Mais je me suis demandé ce qu’il s’était passé.

     Puis, ça a été le black-out, qui a duré environ 1.30 minute. Je suis sorti dans le couloir avec mon iPhone pour faire de la lumière. J’entendais mes collègues qui criaient. Je leur ai dit que l’on devait se rassembler dans une cabine en attendant d’avoir plus d’informations et que chacun devait chercher dans sa cabine son gilet de sauvetage.

     Le temps que l’on se ressaisisse, l’alarme "Tango India", qui signifie leaking (fuite en anglais), retentissait dans cette partie du navire réservée à l’équipage. Je savais alors quelle tâche m’était attribuée : je devais rejoindre la passerelle de commandement sur le pont 8, afin de faire des annonces dans ma langue aux passagers.

     J’ai donc pris les escaliers et, après avoir attrapé une couverture bien chaude – ne sachant pas ce qu’il allait advenir –, je suis monté à la passerelle de commandement, dont l’accès est sécurisé, comme la cabine de pilotage d’un avion de ligne. Là, se trouvait le commandement et des membres de l’équipage, en communication avec la terre, les garde-côtes…

     J’avais l’impression d’être sur le Titanic

    Le directeur de croisière nous a demandé d’annoncer qu’il y avait eu un problème électrique, mais que nos techniciens travaillaient dessus et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. J’ai fait deux annonces de cet ordre, puis une troisième demandant aux passagers de mettre leurs gilets de sauvetage.

     Même si on nous disait de ne pas nous inquiéter, j’ai rapidement pris conscience que c’était beaucoup plus grave qu’un ennui électrique : le bateau penchait, j’avais l’impression d’être sur le Titanic. Tout le mobilier de la passerelle tombait, c’était assez surréaliste. J’ai dit à mes collègues : "Ça ne sent pas bon !"

    Quand le commandant second a ordonné l’évacuation, je suis descendu pour aider les passagers à embarquer sur les chaloupes. Les gens étaient paniqués, certains sont devenus violents envers les membres de l’équipage. J’ai vu quelqu’un passer devant une personne handicapée alors qu’une minute plus tard arrivait le prochain radeau de sauvetage. Dans ces moments, on voit l’instinct animal de certains se réveiller.

     D’autres personnes ne prenaient pas conscience du danger. J’ai dû donner de la voix à plusieurs reprises, pour couvrir les cris et les pleurs, pour leur dire qu’il fallait accélérer le mouvement. Une femme est même arrivée avec des chaussures à talons. Je lui ai demandé de les retirer. Au troisième refus de sa part, je les lui ai enlevées et les ai jetées à l’eau. Je m’en fichais qu’elle soit pieds nus, l’important était qu’elle soit sauve.

    J’étais sous le choc : je ne connaissais même plus ma date de naissance

    Ma responsable m’a tiré vers elle et m’a dit d’aller à terre. Je suis donc monté dans une des chaloupes pour aider à accueillir les passagers sur l’île de Giglio.

     J’ai réussi à conserver mon calme jusqu’à l’arrivée à terre. Là, toute la pression est retombée, surtout quand j’ai vu le bateau, penché, qui sombrait. J’ai quand même pris sur moi et ai pris le temps de prévenir ma famille. Je ne voulais pas qu’elle découvre l’accident sans savoir si j’étais toujours vivant et sans pouvoir me joindre – mon portable était resté dans l’eau.

     Nous étions sauvés. C’est là que l’attente a commencé. Je suis restée à proximité du port, avec les passagers. Je n’avais aucune information. J’ai appris que l’église avait été ouverte pour nous, tout comme les bars, pour que l’on ait un endroit chaud et que l’on ne reste pas dehors en pleine nuit. Les habitants de l’île sont venus nous aider, nous ont apporté des couvertures. Puis la Croix rouge italienne, la police, la sécurité civile ont débarqué.

     Nous étions tous sous le choc : certains passagers ne pensaient qu’à récupérer leur clef de voiture ou leur passeport. J’étais moi-même à côté de la plaque. Je ne me souvenais plus de ma date de naissance. Mais j’ai continué à faire mon travail : j’ai aidé les rescapés à embarquer sur les ferrys qui les ramenaient jusqu’au continent. Ce n’est que vers 6 heures du matin que j’ai embarqué.

     Depuis, je dors peu, je fais des cauchemars. Je veux rester près de ma famille, de mes amis, rester un peu loin de tout ça. Si je prends le temps de témoigner, c’est pour abattre les clichés qui ont circulé en France. Contrairement à ce qui a été dit, les 1100 membres de l’équipage qui ont évacué les passagers avec moi ont fait un très bon travail. Je leur tire mon chapeau. Nous avons tous vécu quelque chose de très dur, mais nous avons fait ce que nous avions à faire.

     

    Propos recueillis par Daphnée Leportois

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  • Commentaires

    1
    josie2012 Profil de josie2012
    Dimanche 4 Mars 2012 à 18:08
    Ce membre de l'équipage français a quand même dit aux passagers, c'est juste un problème électrique, nous avons le contrôle, je vous parle au nom du commandant. On l'entend dans la video qui est passée sur TF1.
    2
    Thibault
    Lundi 17 Août 2015 à 14:44
    Je suis la personne qui à donné cette interview. Je n'ai fait que retranscrire ce que l'on ma dit et ce qui a été dit dans toutes les autres langues...
    3
    Thibault
    Lundi 17 Août 2015 à 14:44
    Je suis la personne qui à donné cette interview. Je n'ai fait que retranscrire ce que l'on ma dit et ce qui a été dit dans toutes les autres langues...
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