• Costa Concordia : membre de l'équipage, j'ai tout fait pour sauver des vies

    Modifié le 18-01-2012 à 15h38

    LE PLUS. Katia K. est salariée de Costa Croisières depuis plusieurs années et faisait partie de l'équipage du paquebot qui a sombré vendredi. Excédée par les critiques, elle affirme que les équipes ont respecté les normes de sécurité et qu'elles ont fait leur travail jusqu'au bout.

     

    > Par Katia K. Equipage Costa Concordia

    Edité par Hélène Decommer   Auteur parrainé par Nicolas Gauduin

    J'étais sur le Costa Concordia qui a fait naufrage vendredi et je tiens à partager ma version des faits concernant les consignes de sécurité qui ont été données et la façon dont s'est déroulée l'évacuation du navire.

    Les procédures de sécurité ont été respectées

     

    La procédure générale implique de dispenser chaque semaine une formation aux passagers sur la sécurité et les mesures d'évacuation en cas de problème. Comme les personnes n'embarquent pas toutes le même jour ni au même endroit, cela permet à chacun d'avoir sa formation à son arrivée sur le paquebot. Celle-ci est assurée par des membres de l'équipage et appuyée par des vidéos et des slides. Systématiquement, des passagers nous disent : "Mais je sais déjà tout ça, j'ai déjà fait des croisières", alors que si tous les navires de Costa Croisières ont la même procédure, les issues de secours et le pont où se trouvent les chaloupes varient d'un navire à l'autre.

     

    D'autres clients ne suivent que d'un œil distrait notre présentation. Quand on ajoute à la peur liée à un incident le fait de ne pas savoir où aller parce qu'on n'a pas écouté les consignes, on court à la catastrophe.

     

    Comme certains passagers essaient de ne pas se rendre à cet exercice, nous disposons d'un système de contrôle : une carte est délivrée aux passagers ayant assisté à la formation, c'est l'"emergency drill card", qui est ensuite contrôlée pour vérifier que tout le monde a bien reçu les consignes de sécurité. Notre procédure habituelle a été parfaitement respectée sur le Costa Concordia.

     

    Autre mesure appliquée à la lettre : l'enclenchement d'une vidéo sur les règles de sécurité dans chaque cabine, quand un passager y pénètre pour la première fois. La femme de ménage doit programmer la bande de façon à ce qu'elle soit dans la langue du client.

     

    On nous reproche d'avoir donné l'alerte d'évacuation du navire trop tard, mais là encore je tiens à présenter nos normes : nous ne donnons pas l'ordre d'évacuer un paquebot de plus de 4000 personnes au moindre pépin ! En l'occurrence, cela a commencé par une panne de courant (une autre hypothèse retenue consiste en une erreur de navigation qui aurait entraîné l'accident, ndlr). Ce n'est pas une raison suffisante pour enclencher une procédure aussi lourde que l'évacuation. Nous devons d'abord savoir ce qui se passe exactement.

     

    Pendant que la procédure d'inspection est en cours, notre rôle à nous, membres de l'équipage, est de rassurer les passagers. Le fait d'être dans le noir facilite la panique et le chaos, éléments qui compliquent encore plus les choses. Une autre de nos missions est de vérifier que personne n'est coincé dans les ascenseurs, ce que nous avons fait. J'ai personnellement envoyé des réceptionnistes accomplir cette tâche. J'ai également constaté que l'électricien était déjà à l'oeuvre. 

     

    Le commandant n'a pas quitté le navire parmi les premiers

     

    L'inspection a débouché sur des éléments qui nécessitaient une évacuation. Alors à ce moment-là, le commandant a donné l'alerte générale et l'ordre de se rendre sur le pont 4, où se trouvaient les chaloupes. Les gens se poussaient, c'était le chaos.

     

    Nous avons commencé à faire monter les passagers dans les chaloupes. Normalement, on doit faire la liste des personnes présentes et non présentes, mais dans ce cas précis, l'évacuation était plus urgente. On n'a donc pas perdu de temps à faire l'appel. A part ça, tout le reste a été respecté. Il est facile de juger, mais beaucoup plus difficile de se rendre compte de ce que c'est que d'évacuer 4000 personnes en 2 heures, alors que le navire est dans le noir, incliné et que la panique règne.

     

    Certains ont dit que les portes de sortie étaient fermées, c'est faux. Certains ont aussi prétendu que le commandant avait quitté le navire parmi les premiers, c'est faux également, puisque je l'ai vu sur le bateau à minuit moins le quart (le procureur en chef de Grosseto a confirmé que le commandant avait quitté le paquebot "bien avant que tous les passagers soient évacués", ndlr). Par contre, je ne peux pas dire si après, il a fait son travail comme il faut, ça je n'en sais rien.

     

    J'ai fait tout mon possible

     

    J'ai embarqué sur la dernière chaloupe, avec des passagers. Certains sont tombés à l'eau à cause des remous et pendant que nous les remontions à bord, d'autres personnes filmaient et prenaient des photos, alors qu'il y avait urgence à cause de l'eau glacée ! Un monsieur s'est même allumé une cigarette, je lui ai demandé si c'était vraiment le moment.

     

    Ce que je tiens à dire, c'est que j'ai fait mon travail jusqu'au bout et du mieux possible. Il y a eu des morts, ce n'est pas normal, mais nous, membres de l'équipage, nous sommes des gens normaux, pas des soldats en Afghanistan ou des surhommes qui peuvent accomplir des miracles. On a pourtant essayé de le faire !

     

     

    Propos recueillis par Hélène Decommer.


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