• Après le naufrage du Costa Concordia : « Cauchemars très répétitifs »

    vendredi 10.02.2012, 05:25 - La Voix du Nord

     Le Dr Christophe Debien exerce au CHR. Le Dr Christophe Debien exerce au CHR.

    Le Dr Christophe Debien est responsable des urgences psychiatriques au centre hospitalier universitaire de Lille. ...

    - Comment expliquer que certains rescapés ne se sentent pas bien trois semaines après le naufrage ?
    « Ça peut s'expliquer par tout ce que l'on appelle les syndromes posttraumatiques. On peut supposer qu'un certain nombre de ces personnes ont vu la mort de près. La confrontation avec ce risque de mort, ou même à la mort réelle s'ils ont vu des cadavres, peut entraîner des troubles qui surviennent trois semaines ou un mois après. »

     

    - Quels types de troubles ?
    « Il y a des cauchemars très répétitifs, des cauchemars traumatiques dans lesquels on revoit le film des événements. Il y a aussi des "reviviscences", des flashs très précis avec des images très précises. Pas seulement des images d'ailleurs. Ça peut toucher les cinq sens. On assiste aussi à des stratagèmes d'évitement du stimulus. Autrement dit, ils ne vont pas reprendre le bateau tout de suite. »

    - Certains parmi ceux que nous avons interrogés ont reconnu ne pas être en forme du tout...
    « Il faut un peu de temps pour "digérer" les choses. Jusqu'à maintenant, ils ont été dans l'action, puis ils ont retrouvé leur famille, certains ont parlé aux médias. Maintenant, ils se retrouvent dans une période de creux. Ce n'est pas très étonnant qu'ils ne soient pas en forme. J'ai participé à l'après-tornade à Hautmont. Dans les jours qui ont suivi, les gens allaient bien. Ils réparaient leur maison. Finalement, on est restés six mois après. Une fois l'urgence passée, les gens se mettent à réfléchir. On voit ça aussi chez des journalistes qui reviennent de missions à l'étranger qui n'étaient pas drôles du tout. »

    - Quel est le risque à terme ?
    « Un abattement chronique qui peut faire le lit de la dépression. Ceux qui ressentent ça doivent venir à la consultation du psychotraumatisme au CHR de Lille. Ça ne coûte rien de venir consulter même si dans 70 à 80 % des cas, les gens dépassent l'événement sans nous. »

    RECUEILLI PAR P.-L. F.


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