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    META DI SORRENTO (ITALIE), MERCREDI. « Commandant, tenez bon ! » pouvait-on lire sur un drap tendu devant la maison de Francesco Schettino, dans son village d’origine.
    | (AFP/ROBERTO SALOMONE.)

    Il n’a pas le droit de parler. Mais sa ville de Meta di Sorrento le fait pour lui : « Commandante non mollare », « Commandant, tenez bon ! »proclame le message peint à la main sur un drap tendu devant la maison sans prétention de Francesco Schettino.

    Depuis trois jours, le marin déchu se terre dans son appartement du vico San Cristoforo, une ruelle piétonne débouchant sur des falaises abruptes. <btn_noimpr> </btn_noimpr> Face à la porte d’entrée, aucun carabinier ne veille au respect de l’assignation à résidence ordonnée par un juge à l’enfant du pays, devenu à 52 ans le«commandante » maudit du « Costa Concordia».

    «Il doit être mal», imagine Gaetano Perrusio, un proche voisin lui-même cuisinier pour Costa Croisières, embarqué sur le « Concordia » jusqu’en juillet dernier, deux mois avant que Francesco n’en prenne les commandes. « Chez nous, on a une expression pour dire que l’esprit humain est aussi fragile qu’une pelure d’oignon.

    Elles’applique bien. » Uniquement autorisé à entrer en contact avec ses proches au premier degré, Schettino n’a aucune difficulté à éviter la poignée de journalistes qui fait le pied de grue devant chez lui. Dans la nuit de mardi à mercredi, c’est d’ailleurs son frère, un presque sosie, qui a leurré les caméras, alors que le commandant regagnait discrètement son par une entrée dérobée. «La seule manœuvre qu’il ait été capable de réussir ! » a alors ironisé la presse italienne.

    Une presse que les habitants de Meta vouent aux gémonies. « C’est sûr qu’il y a eu des erreurs, reconnaît un riverain, résumant le sentiment général. Mais de là à l’accabler comme ça, il ne faut pas exagérer. Qu’est-ce qu’on veut ? Qu’il se mette une balle dans la , pour pouvoir compter une nouvelle victime ?»


    Ici, la solidarité des gens de mer n’est pas un vain mot. « Toutes les familles de la ville ont au moins un des leurs dans la marine, raconte Gaetano Perrusio. Et quand j’ai cherché du travail, c’est Francesco qui m’a aidé à rédiger mon CV, etm’a indiqué à qui je devais l’envoyer. » D’autres évoquent un très bon marin, qui n’aurait jamais pu arriver à son poste s’il n’en avait pas eu les compétences.

    Christina Maresca, qui partageait, à l’adolescence, la même bande d’amis que Francesco, a été récemment invitée à boire le café chez les Schettino. Elle se souvient d’un intérieur « sans chichis », et surtout de ce bureau « spécialement dédié à lamer, orné de noeuds marins et truffé de photos du commandant en tenue d’apparat ». Nombre de ses anciens subordonné sont unanimement décrit un homme hâbleur, voire tête brûlée et imbu de lui-même.

    « Mais pour un commandant, faire son show avec les passagers fait partie du boulot », rétorque un marin de Meta di Sorrento. D’abord embarqué sur des ferrys le long de cette côte amalfitaine qui l’avu grandir, Francesco Schettino a poursuivis a carrière sur des pétroliers, avant d’entrer chez Costa en 2002, d’abord comme officier de sécurité, puis comme second.

    «A plusieurs reprises, j’avais dû le remettre à sa place », a raconté son ancien commandant, Mario Terenzio Palombo. C’est pourtant en son honneur, selon certains, que le «Concordia»a frôlé de trop près les côtes, afin de lui offrir l’«inchino», la traditionnelle révérence, parade du navire tous feux allumés. « Je n’en peux plus. Je suis sous traitement médicamenteux, glapit l’intéressé. Je ne parlerai plus qu’aux enquêteurs ! »

    Comme pour tous les habitants de Meta di Sorrento, le drame du « Concordia » et la déferlante médiatique qui a suivi ont fait remonter à la surface des souvenirs enfouis.

    « En 1981, déjà, beaucoup de familles de la ville ont été endeuillées par le naufrage d’un pétrolier, le Marina d’Aequa », raconte Francesco Caccace, patron d’une petite boutique de plage, déserte en cette morne saison. Cachée derrière un parapluie, Fabiola, l’épouse de Francesco Schettino, s’engouffre dans la voiture de son frère qui démarre en trombe, suivie par l’objectif d’une caméra. « Comme dit le dicton : les gens de mer naviguent. Les gens de terre jugent…» soupire Gaetano Perrusio.


    Vendredi soir, les recherches ont repris sur l ’épave du « Costa Concordia », qui se déplace de plusieurs millimètres toutes les heures. Par ailleurs, une émouvante cérémonie a réuni sur l’île du Giglio des proches des victimes du naufrage qui a fait 11 morts, sachant que 24 personnes restent portées disparues.

    Le Parisien.fr


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