• Scènes horribles

    Naufrage meurtrier : "des scènes horribles"

    Par Alexandra Guillet , le 17 janvier 2012 à 19h17 , mis à jour le 17 janvier 2012 à 22h09

    Interview - Frédéric Casanova, avocat à Toulon, a déposé mardi une plainte au nom de deux passagers français du paquebot qui s'est échoué vendredi au large de l'Italie. Alors que les appels d'autres victimes affluent à son cabinet, il témoigne de l'horreur vécue par ses clients.

    rescapes

     Les rescapés du Costa Concordia qui ont regagné la France sont sous le choc. Ils se sont sentis livrés à eux-mêmes pendant le naufrage. Certains entendent même porter plainte. © TF1/LCI

     

     

     

     

     

    TF1 News :  Vous défendez un couple de Français originaires du Var et qui se trouvait sur le Costa Concordia lorsqu'il a coulé aux larges des cotes italiennes. Que vous ont-ils raconté ?

     

    Frédéric Casanova, avocat pénaliste à Toulon : Ils m'ont contacté pour porter plainte car il n'y a visiblement eu aucune organisation des secours sur le navire. Aucun exercice n'aurait été effectué entre le moment de leur embarquement et le naufrage. Trente à 45 minutes après que le bateau se soit abîmé, toujours aucune consigne d'évacuation ne leur avait été donnée. On leur a juste dit de regagner tranquillement leur cabine.

     

    TF1 News : Quelle description vous ont-ils fait de leur évacuation ?
    F.C.
    : Ils m'ont raconté des scènes horribles. Des personnes âgées qui, sous leurs yeux, se faisaient voler  leurs gilets de sauvetage par d'autres. Des personnes physiquement en force qui poussaient des plus faibles, parmi lesquels des enfants, pour essayer de monter les premiers dans les canots de sauvetage. D'autres sortaient des trucs ahurissants du genre "I am a V.I.P. !" (ndlr : je suis un VIP) pour passer en priorité. C'est malheureux mais la nature humaine reprend vite le dessus dans ce genre de situation.

    C'est bien pour éviter ce type de panique que l'on doit organiser correctement l'évacuation de tels  bateaux. On ne peut pas accepter de laisser dire, comme je l'entends ici ou là, qu'il est très difficile d'évacuer rapidement 5.000 personnes. Si c'est vraiment impossible,  alors il faut le dire clairement et faire signer une charte de non responsabilité aux passagers, lorsqu'ils embarquent, stipulant que si demain il y a une catastrophe ils ne sont pas sûrs de s'en sortir vivants car il est difficile d'évacuer. Mais normalement, quand vous montez  à bord d'un tel navire, qui a cinq ans et un personnel aussi conséquent, vous êtes en droit de penser que vous êtes en sécurité.

     

    TF1 News : Quels sont les motifs de la plainte que vous avez déposé au nom de ce couple ?
    F.C :
    On porte plainte pour "mise en danger délibéré de la vie d'autrui", "manquement aux obligations de sécurité" et "homicide involontaire". Pour l'instant, on pointe du doigt le commandant de bord, mais il y avait aussi des seconds et un tas de personnels sur ce bateau. Et il est clair que, dans cette affaire, personne n'a rien fait de ce qu'il avait à faire. La plainte a été déposée dès cet après-midi. Il faut souligner à cet égard que le parquet de Toulon s'est montré particulièrement réactif et soucieux de la protection des victimes. Ensemble, nous avons discuté de la mise en place d'un parquet centralisateur pour que les victimes, où qu'elles soient, puissent déposer à un seul endroit leur plainte et aussi connaître facilement toutes les modalités pour le faire.

    TF1 News :  D'autres victimes ou familles de victimes vous ont-elles contacté ?
    F.C :
    Depuis ce matin, le standard de notre cabinet est débordé d'appels de victimes ou de familles qui sont toujours sans nouvelle de leurs proches.

    Par ailleurs, le couple que je représente a récupéré une liste de plus d'une centaine de contacts sur place, tellement ils étaient révoltés par l'inorganisation de la compagnie. Une cinquantaine d'entre eux ont déjà pris contact avec moi et je dois les rencontrer au cours des prochains jours. Par la suite, soit chacun pourra porter plainte de son côté, soit ils pourront se regrouper au sein d'une association dont je défendrai collectivement les intérêts, ce qui permettra de négocier plus rapidement et mieux. C'est d'autant plus important que je viens d'apprendre par certaines victimes que Costa Croisières était déjà en train de démarcher certains passagers pour proposer de les indemniser,  certainement afin éviter quelques procédures judiciaires.

    TF1 News : Que demandent vos clients : un procès, une indemnisation ?
    F.C. :
    Honnêtement, sur tous ceux que j'ai eu directement en ligne, aucun ne m'a parlé d'indemnisation. Pour l'instant, ils sont très choqués, ils veulent comprendre ce qui s'est passé et surtout, que cela ne se reproduise plus. J'ai par exemple une dame qui a envoyé ses parents en croisière et qui n'a vu que sa mère revenir. Franchement, dans ces cas-là, on ne pense pas à une indemnisation. D'abord, il y a la douleur  et la culpabilisation. Et en plus, nous ne sommes pas aux Etats-Unis où l'on fait des indemnisations à coup de millions de dollars. Loin de là. Leur motivation n'est pas l'argent. Demain, vous comme moi pouvons être amenés à prendre ce type de bateau. J'estime que l'on doit pouvoir arriver à bon port.

    Par Alexandra Guillet le 17 janvier 2012 à 19:17
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