• Un plongeur témoigne

    «Nous voyons défiler la vie des passagers sous nos yeux»

    DANILO DEL CARRO un des plongeurs

    Flora Zanichelli et Nicolas Jacquard avec Aurélie Foulon à Cergy (Val-d’Oise) | Publié le 25.01.2012, 08h29 Le parisien

     

    Épave du « Costa Concordia », hier. Les équipes de plongeurs se fraient un passage à travers les nombreux objets et morceaux de mobilier lors de leur exploration des salles de la partie postérieure du navire à moitié immergé. C’est ici que les passagers ont été rassemblés le soir du drame. | (EPA/MAXPPP/MAURIZIO LAPERA.)

    C’est un silence quasi religieux qui entoure l’épave du « Costa Concordia », seulement troublé par le ballet incessant des canots à moteur transportant 24 heures sur 24 les équipes de plongeurs le long de la carcasse du navire. « Mais sous l’eau, tout est complètement différent, soupire le maréchal Danilo del Carro, un garde-côte d’1,90 m au regard perdu dans le vague.

    <btn_noimpr>

    </btn_noimpr> Le navire semble vivant. C’est irréel : on entend sans cesse des bruits étranges, des craquements lugubres. Et en plongée, le moindre son est incroyablement amplifié. »

    A moitié immergé sur son flanc droit, éventré à quelques mètres à peine de l’île du Giglio, le « Concordia » laisse entrer dans ses entrailles les « sub », comme on les surnomme en Italie, qui s’y engouffrent par groupes de deux. En combinaisons sombres, deux bouteilles d’oxygène jaune vif vissées sur le dos, ils en emportent toujours une troisième qu’ils déposeront le long de leur parcours, « au cas où ». Une corde les relie au canot où d’autres collègues patientent, attentifs à la moindre alerte. Il y a aussi cet étrange shaker, rempli de boules en fer, moyen de communication rudimentaire mais efficace : un coup pour « c’est ok », deux coups pour « on s’arrête ». « A l’intérieur du navire, nous déroulons un fil d’Ariane, poursuit Danilo del Carro. On explore pour l’instant la partie postérieure, là où les passagers ont été rassemblés le soir du drame. » Là où ne règne plus que le chaos. Un magma de déchets oscillant lentement, formant un labyrinthe truffé de pièges, en perpétuelle recomposition. « Nous voyons défiler la vie des passagers sous nos yeux. On doit se frayer un chemin entre lunettes, manteaux ou poussettes. Tout a été abandonné, tout est dévasté. » La voix du colosse se brise.

    Des visions cauchemardesques loin de s’effacer à la surface. « Nous sommes ensuite confrontés à l’espoir des familles, qui attendent désespérément des nouvelles de leurs proches, souffle le maréchal. C’est le plus douloureux. Mais c’est surtout pour eux qu’on supporte d’aller là-bas. » « Chaque fois que j’explore l’épave, je sens la peur de l’inconnu, développe quant à lui Fabio Paoletti, plongeur spéléologue interrogé par la Tribune de Genève. Trouver un corps est horrible, tu es déchiré entre le soulagement, parce que c’est finalement ce que tu dois faire, mais de l’autre côté… »

    Lunettes noires, les traits tirés par la douleur, les proches des disparus, solidaires entre eux, ressassent leur chagrin sur les quais du petit port. Tous les matins, ils se retrouvent pour un briefing des autorités. Ces familles se raccrochent au mince espoir de revoir les leurs vivants. « Cela fait dix jours qu’ils sont là-dedans. C’est atroce pour eux! » lâche André Litzler, l’oncle de Mylène, Française partie en croisière avec son compagnon, Mickaël, et dont les proches ont créé une page *. Cet ancien pompier, qui a dormi « dix heures en dix jours », en est persuadé : « Ceux qui manquent doivent être ensemble. Dans leur dernier SMS, vers 20 heures, ils disaient avoir un gilet de sauvetage et repartir vers leur cabine, la 6344, située au pont 6 sur la partie émergée du bateau. Ils ont dû être bloqués par une porte coupe-feu. »

    La visibilité dans l’épave varie entre 10 cm et 80 cm. L’odeur des chairs en décomposition rend l’atmosphère suffocante. « Quand nous nageons, des objets inconnus nous tombent dessus par surprise, reprend Danilo del Carro. On peut se couper avec du verre brisé ou le métal crevé par les microcharges explosives qui ont percé la coque. » Pompier, Filippo est, lui, spécialisé en recherche sous-marine : « Personne n’est jamais allé sur un navire de cette taille », rappelle-t-il « J’ai travaillé sur des épaves de pétroliers, enchérit Danilo. Mais il y avait moins de victimes et les surfaces à explorer étaient moins importantes. » Avant d’ajouter, soucieux : « Heureusement que l’épave s’est stabilisée… » Il y a encore quarante-huit heures, elle risquait à tout moment d’ensevelir ses explorateurs.

     

    <note>* Espoir « Costa Concordia » Mylène et .</note>

    Le Parisien

     

     

    « Une strasbourgeoise témoigne16 è victime - une vieille dame »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :